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Retour sur le sauvetage de Kito de Pavant

Kito de Pavant, joint par téléphone ce mercredi en fin d'après-midi par notre reporter Jacques Guyader, a bien voulu répondre à Ouest-France. Très atteint pshychologiquement et ému par la perte de son bateau. « Je passe mon temps à chialer » lance-t-il notamment. Il continuera, néanmoins, à livrer son carnet de bord à notre journal.

Victime d'une violente collision avec un Ofni, Kito de Pavant a dû se résoudre à abandonner son bateau et le Vendée Globe. Une désillusion pour le skipper qui n'arrive pas à s'en remettre. « Je passe mon temps à chialer » souligne-t-il. De Pavant a été secouru par le Marion Dufresne, qui est venu le chercher. Malgré l'émotion et la perte de son bateau, le navigateur continuera ses Carnets de bord pour Ouest-France.

Kito de Pavant, où êtes-vous à cette heure ?

Je suis sur un bateau qui est quand même plus confortable que le mien surtout pour naviguer dans les mers australes…

Comment allez-vous ?

Physiquement ça va, mais psychologiquement c’est très dur, j’ai du mal. Je passe mon temps à chialer depuis ce matin. J’ai tout perdu, c’est dur pour mon équipe, car c’est compliqué de mettre au point un bateau,. C’était des milliers d’heures de travail pour faire les choses bien. Et moi, j’ai juste pas de chance, je suis juste passé au mauvais moment au mauvais endroit ? Je ne sais même pas ce que j’ai touché.

Vous n’avez pas une idée ?

En fait, il y a dix minutes, j’étais sur le pont arrière du Marion-Dufresne, à côté des filières du bateau. Et j’ai vu un jet de baleine, c’était un énorme cachalot qui sortait de dessous le bateau et qui a dû se faire une frayeur, car il est passé à côté des hélices. C’était à la fois magique comme image et impressionnant. Il est bien probable que ce soit un truc comme ça que j’ai pris, car ça a arrêté le bateau net. Le choc a vraiment été très brutal et les dégâts en témoignent.

On vous sent vraiment très meurtri…

Oui, clairement. Je ne sais pas comment réagir. C’est la première fois que je perds un bateau, j’ai eu des galères dans mes années de navigation, mais j’ai toujours réussi à les ramener. Là, il y a un grand vide qui se crée… ouchhhh… on a perdu tout d’un coup.

Vous savez qu’il y a un vrai mouvement de soutien autour de vous ?

Oui, je sais.. (très ému)… je sais que beaucoup de gens m’apprécient, aimaient notre projet, notre histoire. Cela fait chaud au cœur, mais cela ne suffit pas à me consoler. Pour moi arrêter le Vendée Globe, ce n’est pas très grave, mais perdre le bateau, je n’y arrive pas…

Vous craignez des conséquences financières ou autres ?

Je ne sais pas, c’est compliqué. Le bateau est à la dérive sur un océan particulièrement inhospitalier, il est en train de perdre sa quille, déchire le fond de coque… Le bateau est très détérioré et la seule solution pour qu’on le retrouve, c’est qu’il traverse tout l’océan Indien en direction de l’Australie, et que l’on soit capable de mettre en place dans quelques semaines ou quelques mois, une opération de sauvetage à partir de l’Australie pour récupérer l’épave. Il y a des balises à bord qui vont permettre de le positionner et de donner la position aux autres bateaux pour l’éviter.

Le futur, vous y pensez déjà ?

On a un programme de course, avec la Route du Rhum en 2018, et la Transat Jacques Vabre, donc il va falloir qu’on trouve un bateau pour faire ces courses. On a plein de projets qui vont nous permettre de nous remuer pendant les prochains mois, avec toute l’équipe. On a des partenaires, Bastide et Otio et toutes entreprises du Midi, qui sont très enthousiastes pour continuer et trouver des solutions. On sait que l’on va rebondir, on l’a déjà fait. On va continuer à aller sur l’eau. Vous n’avez pas fini d’entendre parler de moi (rires).

Vous êtes d’accord pour continuer votre carnet de bord pour Ouest-France ?

Je vous dis oui, tout de suite. Je le ferai avec plaisir. J’aime bien ça, et comme ça, j’ai encore l’impression d’être marin. Je vais aller dans des endroits que personne ne connaît avec le Marion-Dufresne et je vais encore pouvoir raconter des histoires, et les écrire.

Un dernier mot ?

Absolument. Dites bien que l’équipage du Marion-Dufresne a été exceptionnel, ce sont des gens vraiment au top. Et j’ai eu de la chance dans mon malheur de pouvoir compter sur eux qui ne passent par ici que tous les trois ou quatre mois. Juste au bon moment.

Source : http://www.ouest-france.fr/vendee-globe/vendee-globe-kito-de-pavant-je-passe-mon-temps-chialer-4663462

Interview de Kito de Pavant après son sauvetage en mer dans le Super Moscato Show sur RMC