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Interview de Vincent Bastide par la rédaction de la lettre de la bourse

Le numéro trois français des soins à domicile a dévoilé des comptes de qualité au titre de son exercice 2014/2015 clos fin juin. Nous en avons profité pour donner la parole à son directeur général, Vincent Bastide. Celui-ci nous livre son analyse et nous expose les perspectives du groupe à moyen terme.

 La lettre de la bourse : quel jugement portez-vous sur les comptes annuels de l’exercice 2014/2015 ?

Vincent Bastide : (directeur général de Bastide Le Confort Médical) : L’activité s’est révélée soutenue (+12,5%) avec une croissance du chiffre d’affaires dans chacun de nos trois métiers (hospitalisation à domicile, perfusion-nutrition et respiratoire). La performance reflète les efforts commerciaux réalisés maintenant depuis plusieurs années. L’autre satisfaction concerne la dynamique interne qui, à plus de 10%, est supérieure à celle des années précédentes (entre 8% et 9%) et tirée par la bonne tendance des métiers du maintien à domicile et de l’assistance respiratoire ainsi qu’à l’activité générée par notre réseau de magasins. Le rythme de croissance un peu moins élevé (+7,5%) dans la branche perfusion-nutrition s’explique par les changements règlementaires intervenus quelques années auparavant. La dynamique se reprend et notre montée en puissance dans la stomatologie y contribue fortement.

La lettre de la bourse : A quoi attribuez-vous l’amélioration de la marge opérationnelle courante ?

Vincent Bastide : Son évolution est favorable puisque la marge s’est appréciée d’un demi-point à 7,4%. L’amélioration de notre taux de marge brute grâce à la montée en puissance des métiers de prestations de service (nutrition-perfusion et respiratoire) et des activités de location a permis d’absorber l’impact négatif de l’augmentation des charges d’amortissement. Plus rentables que la vente de produits, les activités de location représentent pour la première fois 50% du chiffre d’affaires et l’objectif est de porter leur contribution à 60% au cours des cinq prochaines années. N’oublions pas également la bonne maîtrise de la structure de coûts dans la performance du groupe et la poursuite de l’optimisation du poste des achats.

La lettre de la bourse : Où en êtes-vous dans la rationalisation de votre réseau d’agences dans le maintien à domicile et dans la réorganisation de vos métiers en pôles régionaux ?

Vincent Bastide : Nous disposons actuellement d’un réseau de 70 agences détenues en propre (contre 90 magasins quelques années auparavant) et souhaitons réduire encore ce nombre à 60 unités. 10 restent donc à transférer en franchise à raison de 3 par an, ce qui nous permet de s’assurer de la qualité du repreneur et de la pérennité de l’activité. En attendant, nous continuons de renforcer les équipes commerciales des magasins à conserver en vue de réduire les pertes (1,2 million) observées sur une vingtaine d’agences récemment créées. Concernant les pôles régionaux, l’essentiel du travail de réorganisation est désormais achevé et nous disposons d’un maillage géographique performant. Un pôle reste à lancer dans le Nord-Ouest de la France. A plus long terme, un resserrement du périmètre des pôles se justifiera sans doute pour avoir plus de proximité avec les patients et les prescripteurs mais nous sommes dans l’immédiat très satisfaits du dispositif.

La lettre de la bourse : D’autres segments de marché que la nutrition-perfusion et l’assistance respiratoire vous intéressent-ils ?

Vincent Bastide : Oui effectivement nous nous sommes diversifiés au cours du dernier exercice dans les escarres en reprenant en juillet 2014 la société S’Care Assistance et dans la cicatrisation en rachetant au printemps (en mai) la filiale CICA +. S’Care Assistance permet de renforcer notre offre à destination des maisons de retraite, un segment très porteur sur lequel nous réalisons un chiffre d’affaires de 8 millions d’euros. A terme, les troubles du comportement alimentaire nous semblent un marché potentiellement intéressant. Nous allons lancer une étude en collaboration avec le navigateur, Kito de Pavant sur la prochaine transat Jacques Vabre pour communiquer sur les compétences médicales et techniques du groupe en matière de troubles du comportement alimentaires. Cela fait partie des problématiques rencontrées par les skippers pendant une course au large et nous souhaitons saisir l’opportunité de notre sponsoring de Kito de Pavant pour sensibiliser l’opinion sur ce sujet qui concerne 300.000 patients.

La lettre de la bourse : Existe-t-il toujours beaucoup des cibles de croissance externe à saisir ? Dans quel domaine ?

Vincent Bastide : Oui notre marché est encore très fragmenté mais les multiples de valorisation peuvent grimper pour les cibles de plus de 10 millions d’euros de chiffre d’affaires en raison de la concurrence des grands acteurs industriels et des fonds d’investissement. Nous préférons nous concentrer sur des opportunités plus petites et avons identifié plusieurs dossiers compris entre 0,5 et 15 millions. Certains devraient pouvoir se conclure au cours de l’exercice 2015-2016 dans les domaines de la nutrition, la stomatologie et l’assistance respiratoire.

La lettre de la bourse : de quelle marge de manœuvre financière disposez-vous ?

Vincent Bastide : Nous avons un endettement net un peu supérieur (1,02 fois) aux fonds propres en raison de retard de paiement de clients, aujourd’hui résolu. Un gros travail est actuellement en cours pour réduire de 2,5 millions d’euros notre besoin en fonds de roulement en optimisant le poste client et la réduction de nos investissements à un rythme de 0,9 à 1 million par mois (contre 1,3 à 1,9 million sur les trois derniers exercices) participera également à renforcer notre structure financière. Notre marge de manœuvre reste encore importante pour saisir des opportunités de croissance externe.

La lettre de la bourse : Quelles sont vos perspectives pour l’exercice 2015/2016 ? Et à plus long terme ?

Vincent Bastide : Notre ambition est de maintenir une croissance organique de l’ordre de 10% du chiffre d’affaires et de continuer d’agrémenter cette dynamique par des acquisitions. Nous sommes en revanche plus conservateurs sur l’évolution de la marge opérationnelle courante. Elle reste une priorité chez Bastide Le Confort Médical mais nous préférons cette année viser sa stabilité. Plusieurs facteurs comme l’augmentation des amortissements suite aux efforts d’investissement et l’effet ponctuellement dilutif d’opérations de croissance externe pourraient peser sur l’évolution de la marge mais il nous paraît important de continuer de structurer et de développer le groupe. Raison pour laquelle nous nous montrons prudents mais confiants sur l’évolution de la rentabilité.

La lettre de la bourse : Quelle analyse faites-vous de la consolidation du secteur des soins à domicile ?

Vincent Bastide : Le mouvement est assez lent. Air Liquide a mené une stratégie offensive ces dernières années pour devenir leader en France avec un chiffre d’affaires de 700 millions d’euros. Bastide Le Confort figure au troisième rang, derrière Isis Médical qui revendique un volume de 300 millions.

La lettre de la bourse : Bastide Le Confort Medical pourrait-il constituer une cible à long terme ?

Vincent Bastide : Nous ne nous inscrivons pas dans cette perspective. Notre souhait reste de développer la société et de mener à bien les nombreux projets extrêmement stimulants et novateurs que nous avons identifiés.

Propos recueillis par la rédaction de la lettre de la bourse